S'il est vrai que, chacun, nous sommes tous un peu homme et un peu femme, ce n'est pas Eric qui le démentira. Lui qui part à la recherche de cet Autre, de ce second lui-même, dont il sent la présence obsédante mais qu'il ne voit jamais ; qu'il devine toujours, d'abord comme un jumeau qu'on lui aurait caché, plus tard comme sa jumelle, tout aussi invisible.

Les choses se compliquent lorsque, leur fils évoquant ce « dédoublement » à ses parents, ceux-ci en font un peu vite un cas de maladie ; ils le font interner pour raison psychiatrique.

Mais Eric a des arguments pour soutenir qu'un autre enfant, né le même jour que lui, aurait pu être assassiné. D'abord, les symptômes sur son corps, prouvant la sympathie physique bien connue entre jumeaux-vrais. Puis cette famille dont la notoriété affichée dissimule mal des censures étranges sur ce qui a pu se produire vingt plus tôt.

Que s'est-il passé ce jour-là ? Les Orvilley auraient-ils des raisons d'avoir escamoté un second enfant, jugé indésirable ? Ou avaient-ils d'autres mobiles, plus sordides, ineffables, tabous sous peine de mort ? Toutes choses tendant à prouver qu'Eric ne serait pas aussi fou qu'ils le disent.

Ce policier philosophique rejoint le thème, cher à l'Antiquité, de la bisexualité fondamentale de l'homme. « Tous sexes confondus », c'est Eric en quête de sa féminité perdue, à l'occasion de ce qui est peut-être son délire, mais aussi bien un crime commis par d'obscurs parents, pour d'obscures raisons.

Commentaire :

Qu'en est-il de « Tous sexes confondus », votre dernier roman ? Je pourrais résumer mon opinion en trois ou quatre adjectifs : percutant, impitoyable, puissamment original, admirable. Vous disposez d'un vocabulaire d'une foisonnante richesse, d'un style prolifique et élégant, d'un remarquable sens de la formule qui fait tilt, de comparaisons ingénieuses et toujours inattendues. Vous épinglez vos malheureuses victimes avec un sadisme rigolard, d'une époustouflante virtuosité. Quel plaisir vous donnez au lecteur ! Quelques scènes au passage, mais il en est bien d'autres : - celle de la quête de Zora par « Madame » et son ilote de chauffeur, satire d'une fracassante drôlerie, celle du raout orgiaque qui réunit chez les Orvilley les anciens du collège et leurs femmes, désopilant et féroce... et vingt autres passages magistraux qu'il serait lassant de détailler mais qui ont fait ma joie. Le cas clinique de la paranoïa d'Eric, aussi étrange qu'intrigant est forcément une rareté, mais vous la rendez plausible et on suit avec beaucoup d'intérêt son évolution jusqu'à son issue … qui n'en est pas une. Il est évident que vous préparez une suite. Je l'attend avec curiosité ! Bref, je ne doute pas de la brillante carrière que ce volume laisse présager. Je me prépare à saluer en vous un maître. Bravo, cher Monsieur, je suis très heureux de vous connaître.

Bien à vous,

Pierre DARDUN, un lecteur