Récit autobiographique publié en 1993 , utilisé à l'Université en psychopathologie familiale, "Ed. Aléas".

Dans une critique de la bourgeoisie lyonnaise qu'il connaît bien, Hervé RIGOT-MULLER retrace l'histoire d'une famille, les d'ARKAN, pour laquelle tout doit être sacrifié pour que soient saufs l'honneur , les apparences et la normalité.

Aussi lorsque la folie s'insinuera peu à peu dans la trame pourtant serrée de son quotidien, le sacrifice sera d'abord, et par tous moyens, l'expulsion d'Yves, le fils révolté; puis, devant la résistance de celui-ci, les d'ARKAN brûleront Marthe, la plus vulnérable des filles, sur l'autel de leur survie sociale.

Ce récit autobiographique donne à l'auteur l'occasion d'une réflexion philosophique : lorsque les dogmes de la caste se brouillent, que reste-t-il pour sauver l'honorabilité ? Lorsque tout explose de faire semblant, y a-t-il encore moyen de faire semblant ? Lorsque la vie de la famille a pour prix la destruction de l'un des siens, lorsque la famille devient secte, et ses rituels la conjuration de sa propre mort, de quel côté est la démence ?

« Caveau de famille » est le rapport sur la dégradation mentale d'une enfant comme condition de survie de sa famille. Mais la « solution » du bouc émissaire sera-t-elle suffisante ? Non. Elle devient elle-même un problème. Il faut cacher l'objet de la honte. S'engage alors une course folle contre la folie. Au bout : faux-fuyants, silences, mystifications et non-dits seront le quotidien de cette famille. Le prix paradoxal de leur survie sociale. L'enfant sera sauvée par l'écriture de son frère. Les paroles de vie plus fortes que les silences de mort.

Commentaire :

Tout d'abord, c'est-à-dire dès les premières lignes, il y a un emportement, l'emportement de l'auteur dans sa fièvre, mais aussi celui du lecteur qui finit par oublier ou négliger ce qui peut apparaître comme faute de style ou de syntaxe et qui, à la longue, sans la moindre lassitude, lui fait douter de ses propres références grammaticales, pour le convaincre qu'il y a là un style, un auteur, bref une écriture.

Le Boulevard des Belges, les Brotteaux, la rue Leroudier, mais aussi et tout autant, le nom de l'auteur, et jusqu'au titre si typique d'une certaine légende, tout parle à l'évidence de Lyon, ramène à Lyon.

S'agit-il d'un pastiche de Callixte mis au goût du jour, goût tragique aux limites du morbide ? Il faudrait, dans ces conditions, être lecteur lyonnais et exclusivement lyonnais pour s'intéresser à cette histoire qui ne cache pas ses éléments autobiographiques. Mais revenons à l'écriture, à ces phrases courtes, à ces descriptions brèves, presque brutales, d'un bureau de directrice d'une fameuse institution scolaire, d'un notaire muré dans ses principes, son quant-à-soi, le mensonge sur lequel il a échafaudé sa vie et la vie de sa progéniture ; laissons-nous emporter par une histoire dont le drame se dessine ou plutôt tache la toile du récit de touches contrastées dans un appartement cossu qui pour être bourgeoisement ordonné n'en constitue pas moins un terrible labyrinthe : les habitants se croisent et s'évitent selon les règles d'une impeccable éducation.

Et point peu à peu la folie comme point une aube sinistre et naturellement prévisible. La révolte se fait impuissance, et la stabilité d'un couple, installé dans les convenances du mensonge et de la bonne réputation, résiste dans le secret qu'il cache au héros et même au lecteur comme il se cache à lui-même le fin mot d'une histoire qui ne peut qu'aboutir à la folie, tant elle est sordide et insupportable à ce milieu dévoreur en même temps qu'exclusif.

Roman local ? Roman à clés ? Peu importe. Peu importe qu'il y ait ou non un boulevard des Belges à Lyon, une rue Leroudier, un quartier des Brotteaux. Lyon la riche et la secrète dans son site superbe peut être ignorée. Il y a là, à l'Antique, une tragédie aux effets retenus, une révolte qui ne vous lâche pas avant la fin de la lecture ; bref un roman vrai, quelque chose de terrible, simplement.

Pierre GIBERT
(Jésuite, poète, Doyen de la Faculté de théologie de Lyon)
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